Abandonner un contrat social en fin de vie

En proposant un budget prétendument « rééquilibré », fondé sur des coupes budgétaires et l’allongement du temps de travail, Bayrou cherche à consolider ce que Lojkine appelle « le fil invisible du capital » — ce lien insidieux qui soumet nos existences à la logique marchande — et à nous faire accepter un contrat social qui, paradoxalement, annonce sa propre dissolution.


Reprendre la main sur nos vies : pour un nouveau « contrat social du temps »

Nous vivons aujourd’hui suspendus à des fils invisibles. Ulysse Lojkine a bien décrit le « fil du capital », ce mécanisme par lequel le capitalisme s’approprie l’activité des uns pour enrichir les autres, en enfermant chacun dans une relation de pouvoir asymétrique. Mais il ne suffit plus de parler d’un seul fil.

Quatre fils invisibles orientent, contraignent et parfois confisquent nos vies :

  • le fil du capital, qui soumet l’activité humaine à la rentabilité d’un économie déconnecté du réel;
  • le fil sociétal, fait de normes, d’habitudes et d’injonctions qui nous dictent comment « réussir » ;
  • le fil technologique, qui rend nos existences dépendantes de systèmes toujours plus complexes, inaccessibles, irréparables ;
  • et le fil de la complexité non appropriable qui fait que même lorsque nous croyons « posséder » un outil ou une machine, il nous échappe, nous dépossède de nos savoir-faire et nous rend dépendants d’un système d’experts et de chaînes globales.

Ces fils tressés ensemble forment une corde qui étrangle notre temps. Nous avons de moins en moins la liberté de décider de nos vies.

Face à cela, une évidence s’impose : il faut libérer du temps. Non pas pour produire toujours plus, mais pour vivre mieux. Moins de travail ne signifie pas moins d’activité : cela veut dire retrouver le droit de choisir ce que nous faisons de nos heures. Cultiver, réparer, apprendre, s’occuper des autres, inventer, coopérer, s’émanciper… tout ce qui nourrit la vie mais que la logique marchande invisibilise.

Un nouveau contrat social doit donc reconnaître le temps comme un bien commun. Cela veut dire :

  • du temps pour la justice et la solidarité, car la coopération et l’entraide sont les vraies richesses de nos sociétés ;
  • du temps pour l’émancipation politique, parce qu’une démocratie sans citoyens disponibles pour débattre et décider n’est qu’une façade ;
  • du temps pour les activités choisies, celles qui donnent sens à nos vies et qui construisent un avenir soutenable.

Élisée Reclus écrivait déjà qu’un individu accompli est à la fois individuel, social et relié. Aujourd’hui, cela passe par un renversement : cesser de laisser nos existences être dictées par des fils qui nous échappent, et tisser ensemble une autre trame — faite de temps partagé, de simplicité appropriable, de solidarité, et de liberté.

Reprendre la main sur notre temps, c’est reprendre la main sur nos vies.

————————————————————————————————

Un autre éclairage

Moins de travail plus d’activité : Petit guide pour aller vers moins de travail et plus d’activité. – Ecolo.ovh


Commentaires

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.