Notre temps nous appartient !

Notice d’édition : Étape 1 – Enrichissement du texte martyr (Mai 2026). Intégration de la critique de la valeur-temps contre la valeur-marchande.
Etape 2 – introduction de la notion « cardinale » de temps
Etape 3 – ajout de la phase de transition
Etape 4 – changement du titre qui devient le mot de passe de l’Eutopie Ecolo
Etape 5 – amélioration de la lecture
Etape 6 – ajout d’un prologue sous forme de prolégomènes

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La plateforme de la post croissance vous invite à un voyage : de Giono a la monnaie citoyenne … sans quitter le chemin.

Un chemin qui ne s’encombre pas d’un diagnostic qui se dit désormais avec des mots que le succès a vidé.

Parce qu’un diagnostic, aussi juste soit-il, décrit un état – il n’ouvre pas un monde. Il définit un concept. Et surtout, il n’a pas de ligne de défense contre la récupération.

C’est le destin ordinaire des concepts sans valeur irréductible au cœur : le succès devient leur propre malédiction. Ils ouvrent toutes les portes – et n’en mènent à aucune.

Nous en avons la preuve dans notre propre histoire politique. Certains mots sont devenus hégémoniques – repris par tous, des médias aux gouvernements – et en devenant universels, ils ont imposé discrètement l’idéologie de ceux qui les avaient forgés.

La lutte des classes enfermait chaque rapport humain dans le prisme du conflit entre dominants et dominés – au point que penser en dehors de ce prisme semblait naïf. Le pouvoir d’achat a remplacé la justice sociale par la capacité à consommer, validant sans le dire que le bonheur se mesure au volume de ce qu’on achète. Le en même temps a installé l’idée qu’il n’y a plus de vrais choix politiques à faire – seulement une bonne gestion pragmatique. Ce qui est, en soi, le choix politique le plus radical qui soit.

Ces mots sont des chevaux de Troie. En acceptant de les utiliser pour débattre, on accepte sans s’en rendre compte l’idéologie qui va avec. On ne peut plus penser en dehors du cadre qu’ils ont tracé.

Le propre de l’idéologie, c’est de se faire passer pour le bon sens.

Ce texte fait un autre choix. Il propose non pas un concept mais un mot de passe – une valeur irréductible, non négociable, impossible à retourner. Un mot de passe résiste à la récupération précisément parce que quiconque essaie de l’utiliser sans en accepter la valeur se contredit immédiatement.

Il ne peut pas être dit par un gouvernement qui allonge le temps de travail. Il ne peut pas figurer sur une publicité pour un crédit. Il ne peut pas être repris par Davos sans que Davos se trahisse.

La valeur au cœur est la ligne de défense.

Notre temps nous appartient.

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1. L’illusion de Crésus

Le contrat social issu de la modernité industrielle était basé sur un principe simple : chacun contribue par son travail et, en retour, la société assure des protections, des droits et une reconnaissance. Cependant, ce fondement s’érode. Le travail salarié, stable et linéaire, n’est plus l’unique voie d’accès à la citoyenneté sociale. L’automatisation, la précarité, les transitions écologiques et démographiques ont bouleversé les repères.

Quand le berger Jules, le « Crésus » de Jean Giono, découvre un trésor caché sur les hauteurs de la Provence, il imagine naïvement pouvoir l’utiliser pour « acheter la misère » et réparer le monde. L’illusion est de courte durée : l’afflux d’argent ne fait que corrompre le village, empoisonner les relations et aliéner les esprits. À travers cette fable poétique, Giono nous tend un miroir saisissant. Il nous montre que la monnaie marchande ne guérit rien ; elle déplace la souffrance et achète, au fond, notre propre servitude. La véritable richesse de Jules ne résidait pas dans ce coffre maudit, mais dans ce que l’or lui a précisément volé : sa liberté, sa paix d’esprit et la maîtrise absolue de ses journées.

C’est cette même dépossession que nous vivons aujourd’hui à l’échelle de notre société. En proposant un budget prétendument « rééquilibré », fondé sur des coupes budgétaires et l’allongement du temps de travail, nos gouvernants consolident ce que Lojkine appelle « le fil invisible du capital » — ce lien insidieux qui soumet nos existences à la logique marchande … et nous font accepter un contrat social qui, paradoxalement, annonce sa propre dissolution.

2. Les fils invisibles et le blocus de l’agir

Quatre fils invisibles orientent, contraignent et parfois confisquent nos vies :

  • Le fil du capital, qui soumet l’activité humaine à la rentabilité d’une économie déconnectée du réel ;
  • Le fil sociétal, fait de normes, d’habitudes et d’injonctions qui nous dictent comment « réussir » ;
  • Le fil technologique, qui rend nos existences dépendantes de systèmes toujours plus complexes, inaccessibles, irréparables ;
  • Le fil de la complexité non appropriable, qui fait que même lorsque nous croyons « posséder » un outil ou une machine, il nous échappe, nous dépossède de nos savoir-faire et nous rend dépendants d’un système d’experts et de chaînes globales.

Ces fils tressés ensemble forment une corde. Une corde qui étrangle notre temps.

Ce mécanisme a un nom bien connu des économistes : le triptyque de l’Épargne, du Crédit et de la Dette. Dans cette logique marchande, le Crédit n’est rien d’autre qu’une hypothèque sur nos vies : on nous prête aujourd’hui la monnaie qui nous obligera à vendre notre temps de cerveau et de muscle demain. La Dette devient alors le contremaître invisible de notre quotidien, l’alibi technique qui pousse les États à allonger le temps de travail pour rembourser des chimères comptables. Quant à l’Épargne, elle n’est que l’illusion individuelle d’une sécurité, le réflexe du « Crésus » moderne qui accumule pour acheter sa liberté future, sans voir qu’il nourrit le système même qui l’enchaîne au présent. Ce trio financier privatise le temps : il transforme nos heures de vie en marchandises spéculatives.

Devant une telle machinerie, l’agir semble bloqué, condamné à l’impuissance. On se croit pris au piège, pensant que toute action constructive nécessite d’entrer dans la danse du capital. Mais cette paralysie n’est que l’ultime victoire du système : nous faire croire qu’il n’existe rien en dehors de lui. Or, briser ce blocus de l’imaginaire ne demande pas de détruire la machine, mais de cesser de la nourrir. Il s’agit de déplacer le « Faire ».

Nous travaillons plus, mais nous vivons moins. Nous produisons davantage, mais nous ne décidons plus de ce que nous faisons de nos heures. Et pourtant, une évidence s’impose, simple comme une respiration : il faut libérer du temps. Pas pour produire davantage, mais pour vivre mieux.

Moins de travail ne veut pas dire moins d’activité. Cela veut dire retrouver le droit de choisir ce que nous faisons de nos heures : cultiver, réparer, apprendre, s’occupant des autres, inventer, coopérer, s’émanciper — tout ce qui nourrit la vie mais que la logique marchande invisibilise.

3. L’alternative : vivre et faire autrement.

Redistribuer autrement que par l’argent. Produire autrement que par l’exploitation. Transmettre autrement que par la propriété.

L’alternative est là. C’est une description de ce qui se passe déjà – dans des endroits où quelqu’un a eu l’idée de récupérer un bâtiment vide, une friche, une salle abandonnée, et de demander : qu’est-ce qu’on pourrait faire ici, ensemble ?

Un constat qui ne repose plus sur la seule redistribution de la richesse marchande, mais sur la mise en commun du temps et des espaces. Dans ce contexte, le défi n’est pas seulement économique, mais aussi symbolique et sensible. Il s’agit de réinventer les conditions de l’appartenance à travers un autre langage : celui de l’usage, de la responsabilité partagée et de la participation à la vie collective.

Cette culture, basée sur le « pouvoir de faire », commence souvent de manière modeste, avec un lieu un peu vide, un bâtiment inoccupé ou un espace en friche.

Cet espace n’est pas une abstraction administrative, c’est le lieu de l’entretissage. Il se déploie là où les temporalités se croisent et se négocient :

  • Dans sa dimension physique, il s’incarne au cœur même de nos tiers-lieux, autour de la table commune d’un bâtiment récupéré ou d’une friche partagée. C’est là que l’on décide, ensemble, de la destination d’une salle ou d’une après-midi.
  • Dans sa dimension relationnelle, il est le sas de régulation où l’urgence de la production marchande est mise à distance pour préserver la gratuité de l’usage et le soin du long terme.
  • Dans sa dimension institutionnelle, il devient l’interface politique entre les collectifs d’habitants et les communes, une zone de droit partagée où l’on s’accorde pour sanctuariser le bien commun.

En ce lieu de l’entretissage, chacun peut situer sa contribution sans être réduit à un rôle unique. L’objectif n’est pas d’uniformiser, mais d’articuler. Il ne s’agit pas d’un modèle figé, mais d’une écologie des relations : quelque chose de vivant, qui respire et se régule par l’attention plutôt que par la norme. »

Ce moment exige non pas une solution toute faite, conçue dans un cadre jugé immuable, mais le début d’une orientation, d’une intention profonde qui libère l’imagination et la créativité… en d’autres termes, il s’agit de poser les bases d’un Contrat social du temps.

4. Pistes concrètes pour baliser le cheminement

Élisée Reclus disait qu’un individu accompli est à la fois individuel, social et relié. Nous avons oublié cette évidence. Recomposer le contrat social par les communs ne relève pas d’un modèle unique. C’est un chemin de transformation sociale, qui implique de repenser les repères classiques de la protection et de la redistribution :

  • Penser l’accès plutôt que le revenu : Une société de l’usage suppose de garantir l’accès effectif à des ressources fondamentales (alimentation, énergie, santé, mobilité, connaissance, habitat, temps partagé) plutôt que de conditionner les droits sociaux à l’emploi ou à l’endettement individuel.
  • Créer des communs coopératifs : Organiser des ressources à travers une gouvernance partagée, désirable, juste, légère et valorisante, en accordant des marges d’autonomie concrètes aux communautés locales.
  • Distinguer les contraintes fonctionnelles, productives et patrimoniales : Concevoir des outils de gestion, d’évaluation ou de soutien différenciés selon les trois temporalités (le besoin immédiat, l’activité régulière, la préservation à long terme) pour ne pas laisser l’urgence étouffer la transmission. (Travailler autour de CARE)
  • Construire des plateformes de concordance : Inventer des espaces d’ajustement fluides et hybrides entre les parties prenantes (usagers, institutions, soutiens). Une « écologie de la gouvernance » qui accepte les désaccords et rend les arbitrages lisibles. ( des conventions citoyennes ou l’institutionnel reste important mais ou on fait primer l’appropriation par tous et toutes)
  • S’appuyer sur l’existant, documenter et relier : Les pratiques existent déjà (tiers-lieux, initiatives de soin partagé, habitats collectifs, coopératives de transition). Il s’agit de les reconnaître, les documenter et les valoriser comme autant d’éléments actifs d’un nouveau récit national.

Faire du commun est un mode d’action et de connexion que les collectivités et les citoyens ont déjà l’opportunité de mettre en place. Ce sont des pratiques vivantes, imparfaites mais puissantes, qui suscitent l’envie d’y croire parce qu’elles donnent envie d’y participer. Faire du commun, c’est rompre avec les fils financiers qui nous étranglent pour tisser une autre trame : faite de simplicité appropriable, de solidarité, de liberté et de souveraineté habitée.

Faire du commun, c’est s’autoriser à transformer ensemble, à relier différemment, à construire avec ce que l’on a … et à découvrir que c’est déjà beaucoup.

Du temps pour vivre, du temps pour être, du temps pour faire société.s.

5. La transition : utiliser ce que l’on dénonce

Faire du commun, c’est déjà beaucoup. Mais c’est insuffisant si les communs restent structurellement précaires, épuisés par un engagement militant évolutif qui ne sait pas toujours tenir compte de moments de vie plus personnels, plus habités et moins tournés vers l’autre… et puis la dépendance aux subventions, aux appels à projets, à la bonne volonté d’élus changeants.

Il faut nommer une réalité inconfortable : nous vivons dans le système que nous voulons dépasser, et nous devrons traverser la rivière avec ses pierres.

L’euro numérique, cet outil en construction, conçu dans la logique même que nous critiquons, pourrait paradoxalement devenir une ressource de transition. Non pas parce qu’il résout la contradiction, mais parce qu’une infrastructure monétaire ouverte et modulaire permettrait à des territoires, Europe, régions, communes, de greffer leurs propres monnaies complémentaires ou sectorielles : ancrées dans l’économie réelle, orientées vers les usages non marchands, gouvernées par ceux qui y vivent.

Ce n’est pas trahir le projet. C’est reconnaître que la libération du temps et des usages a besoin d’une infrastructure qui ne soit pas entièrement aux mains du marché et que cette infrastructure, on peut la revendiquer et la façonner de l’intérieur, sans attendre la révolution.

La condition reste entière : qui décide de ce que finance cette monnaie ?

Pas un comité d’experts. Pas une agence de transition verte. Mais les espaces de concordance, lieux de l’entretissage, physiques, relationnels et institutionnels, où les usagers, les collectifs et les institutions négocient ensemble ce qui est « socialement indispensable » et sanctuarisent le bien commun.

Une monnaie agile et citoyenne au service du temps libéré

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Un autre éclairage

Moins de travail plus d’activité : Petit guide pour aller vers moins de travail et plus d’activité. – Ecolo.ovh


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