Cotonou : Conventions Citoyennes Permanentes du Vivant (CCPV)

Le Forum social mondial est a Cotonou début aout de cette année et il y a tellement besoin de soutien de part le monde :


Il ne s’agit plus de « manifester contre », mais de « siéger pour ».
L’idée est de proposer la réactivation de l’héritage des Forums Sociaux Mondiaux (FSM) sous la forme de Conventions Citoyennes Permanentes du Vivant (CCPV).

« Quand la rue est interdite, l’assemblée devient le bastion. »

La séquence iranienne ouverte par l’assassinat de Mahsa Amini en 2022 a révélé un point essentiel : la défense du vivant commence par la défense des corps.
Le cri Femme — Vie — Liberté n’est pas seulement un slogan de révolte ; c’est une affirmation politique fondamentale :
la souveraineté ne peut être confisquée ni par un régime autoritaire, ni par des puissances extérieures prétendant libérer par la force.
Ce soulèvement apparait comme un point d’inspiration de la logique des Conventions Citoyennes Permanentes du Vivant :
même refus de la dépossession ; même exigence de souveraineté populaire ; même nécessité de créer des espaces politiques là où l’espace public est verrouillé ; même conviction que les bombes ne libèrent pas les peuples.

Les Quatre Souverainetés de la Démocratie Environnementale

Instituer des Conventions Citoyennes Permanentes du Vivant (CCPV)

La souveraineté n’est pas l’apanage exclusif des États ; elle ne nait pas dans les institutions, mais dans la vitalité des sociétés. Elle réside dans ce que nous savons faire, les lieux que nous habitons, les liens que nous tissons et les règles que nous nous donnons. Pour bâtir une démocratie environnementale réelle, nous devons reconnaître et entrelacer quatre piliers fondamentaux.


I. L’Architecture des Quatre Souverainetés


La souveraineté démocratique s’exerce à travers l’État, mais elle s’enracine dans l’autonomie du corps social.

  1. La Souveraineté du Geste (FAIRE) : C’est la capacité d’agir concrètement : cultiver, réparer, transformer. Une société qui perd ses savoir-faire devient une société dépendante. Retrouver cette souveraineté, c’est redonner du pouvoir aux métiers et aux initiatives locales.
  2. La Souveraineté du Lieu (HABITER) : Le territoire n’est pas une zone administrative, c’est un milieu de vie. Habiter, c’est prendre soin des ressources et des équilibres là où l’on ose faire grandir la vie avec ses proches.
  3. La Souveraineté de la Relation (L’AUTRE) : Les sociétés tiennent par la coopération et l’échange. Cette souveraineté suppose des communautés capables de débattre et de tisser des solidarités pour construire des solutions communes.
  4. La Souveraineté de la Régulation (ACCORDER) : C’est l’art d’ajuster les règles pour mieux vivre ensemble. Sa légitimité dépend de sa capacité à soutenir les trois premières : si la règle étouffe le geste, le lieu ou la relation, la confiance s’effondre.

II. Le Cadre de Droit : La Convention d’Aarhus


Cette vision s’appuie sur un socle juridique international : la Convention d’Aarhus (1998). Véritable traité de la démocratie environnementale, elle lie droits de l’homme et protection de la nature à travers trois piliers :
• Accès à l’information : Transparence totale des données environnementales.
• Participation du public : Droit d’influer sur les décisions et législations.
• Accès à la justice : Droit de contester les décisions enfreignant les deux premiers piliers.
Depuis 2021, un Rapporteur spécial sur les défenseurs de l’environnement renforce ce cadre, offrant un bouclier légal essentiel face à la criminalisation des militants. Les CCPV sont l’outil pratique pour activer ces droits au quotidien.


III. La Méthodologie : L’Enquête Permanente du Vivant


Pourquoi des conventions permanentes ? Parce que le vivant change sans cesse et que la démocratie doit être capable de rouvrir l’enquête à chaque mutation.

  1. Passer du débat à l’enquête (Inspiration John Dewey)
    L’objectif n’est plus de voter pour ou contre un programme abstrait, mais d’étudier une situation problématique vécue. L’enquête s’articule autour de quatre questions opérationnelles :
    • Que se passe-t-il dans les milieux où nous habitons ? (Le Lieu)
    • Quelles transformations sont en jeu ? (Le Geste)
    • Quels acteurs sont concernés ? (La Relation)
    • Comment s’accorder sur des règles communes ? (La Régulation)
  2. L’Atelier d’Écriture : De la parole à l’hypothèse d’action
    Chaque participant devient responsable d’un sujet. Pour le transformer en action, il traverse un processus réflexif identifiant :
    • Une tension (ce qui résiste),
    • Une convergence (ce qui rassemble),
    • Une question nouvelle (ce qui ouvre).
    Le sujet devient alors une hypothèse d’action, une pierre posée pour transformer la réalité.

IV. Maintenir les Souverainetés en Tension Créatrice


Le défi du XXIᵉ siècle est de maintenir ces souverainetés en équilibre, car chaque excès génère une pathologie :
• L’excès d’Habiter mène à l’exclusion (la frontière).
• L’excès de Faire mène à l’épuisement (la destruction).
• L’excès d’Accorder mène à l’immobilisme (l’étouffement).
• L’excès de l’Autre mène à l’impuissance (la dissolution de la décision).


Les Conventions Citoyennes Permanentes du Vivant agissent comme des régulateurs. Elles ne sont pas seulement des lieux de parole, mais des bastions de résistance démocratique. Quand les espaces d’expression se ferment, l’assemblée devient le lieu où l’on rend visible l’invisible.


« La question politique n’est plus seulement de gouverner les sociétés, mais de maintenir le monde du côté du vivant. »


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