Ce récit cherche à relier ce qui se joue dans les institutions et ce qui se vit dans les existences.
Il s’adresse à celles et ceux qui veulent retrouver prise sur leur monde, qu’ils soient jeunes, ancrés dans un territoire ou engagés dans la décision publique.
Mais avant de parler d’Europe, il faut revenir à ce qui fonde toute souveraineté : ce qui se construit dans les gestes, dans les ajustements du quotidien, dans les lieux que l’on habite, dans les liens que l’on tisse. La souveraineté d’État n’est qu’une forme dérivée. Elle ne tient que si ces souverainetés plus intimes demeurent vivantes.
C’est à partir de là qu’un élan peut apparaître. Un élan qui refuse de confondre la force avec la centralisation, ou la rapidité avec l’agitation. Un élan qui rappelle que l’Europe ne peut tenir debout que si elle s’appuie sur ce qui nous rend présents au monde, pas sur ce qui nous uniformise. Une Europe capable d’inventer une vitesse juste, parce qu’elle s’enracine dans ces souverainetés qui précèdent l’État et lui donnent sa consistance.
Ces souverainetés prennent corps dans notre manière d’être ensemble. Elles se manifestent quand nous faisons quelque chose avec d’autres, quand nous cherchons la bonne manière de vivre côte à côte, quand nous faisons grandir un lieu ou une relation, quand nous accueillons ce qui vient d’ailleurs. Si elles disparaissent, la souveraineté devient un mot vide. Si elles sont reconnues, elle retrouve une densité et une direction.
L’Europe se trouve précisément à ce point de bascule.
On nous répète que la réindustrialisation doit repartir à toute allure, comme si la puissance se mesurait encore au nombre d’usines rouverte. Mais chaque fois qu’on reconstruit une grande machine centralisée, on renforce les dépendances qui nous ont fragilisés. La puissance se joue désormais dans la capacité à refaire, à réparer, à redonner prise aux territoires. C’est là que la souveraineté du geste partagé reprend sens.
Dans le même temps, Bruxelles avance avec le nouveau RGEC (Règlement Général d’Exemption par Catégorie – voir note 1 fin de page), ce cadre qui organise la manière dont les États peuvent soutenir leurs économies. Derrière sa technicité, on voit une volonté de tenir ensemble ambition et cohésion, d’éviter que l’accélération ne se transforme en fracture. C’est une souveraineté qui cherche à ajuster, à chercher la justesse plutôt que la domination.
Et puis arrive l’euro numérique. On peut le réduire à un outil bancaire, ou l’imaginer comme un espace commun où des usages nouveaux peuvent naître, où les territoires et les communautés inventent leurs propres instruments. Une monnaie que l’on peut habiter, la souveraineté d’un lieu où l’on ose faire pousser des pratiques et des solidarités.
Ces dynamiques racontent une même histoire : l’Europe cherche une puissance qui ne repose plus sur la concentration, mais sur la capacité à relier et à rendre possible. Une puissance qui reconnaît que la souveraineté se joue aussi dans la relation, dans la souveraineté de ce que l’on tisse avec les autres.
Dans cette perspective, les monnaies sectorielles prennent tout leur sens. Adossées à un euro numérique civique et racine, elles peuvent soutenir les Grands Chantiers Utiles, renforcer les territoires, rendre visibles les usages, sans casser l’équilibre européen. Elles donnent au RGEC une dimension vivante, un ancrage dans les pratiques, une capacité à irriguer plutôt qu’à contraindre.
L’élan Européen des quatre souverainetés peut alors porter une idée simple : l’Europe doit accélérer autrement. Une accélération qui ne crée pas de nouvelles dépendances, qui ne surveille pas, qui ne creuse pas les écarts. Une accélération qui s’appuie sur les mains qui font, sur les institutions qui ajustent, sur les communautés qui habitent, sur les liens qui relient.
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NOTE :
1 – RGEC (Règlement Général d’Exemption par Catégorie https://postcroissance.org/rgec-reglement-general-dexemption-par-categorie-europe/
2 – En anglais article d’origine du partenaire EUROSCOPE
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