il s’est simplement heurté à la mécanique du pouvoir.
Il y a 150 ans le 18 mars 1871 le peuple de Paris se révoltait et le 28 mars suivant la Commune de Paris était instaurée. Lui emboîtant le pas d’autres communes étaient proclamées à Marseille, Toulouse, NARBONNE (24-31 mars 1871
Les mots d’Émile Digeon résonnent encore aujourd’hui, mais ils révèlent aussi les limites d’un imaginaire politique qui, depuis deux siècles, tourne en boucle autour du même horizon : reprendre le pouvoir par l’insurrection, puis tenter de le redistribuer.
Or l’histoire est têtue : chaque soulèvement finit par réifier/chosifier ce qu’il voulait abolir. Le maître change, la structure demeure. La Commune de Paris, comme celle de Narbonne, a porté un élan magnifique, mais elle s’est heurtée à ce mur : la conquête du pouvoir reste une conciliation de tensions, un bras de fer où l’énergie populaire se consume plus qu’elle ne construit.
Ce n’est pas la faute des insurgés. C’est la logique même de l’insurrection qui cherche à stabiliser une situation nouvelle… … et finit, malgré elle, par produire une autre forme de conservatisme.
Une autre voie : construire plutôt que concilier
l’énergie dépensée à combattre directement les maîtres nourrit leur pouvoir.
Ils ont toujours plus de lois, plus de dispositifs, plus de forces de maintien de l’ordre que nous n’aurons de pavés. Et ces lois ne sont souvent que des effets d’annonce, des murailles de sable dressées contre la mer.
À l’inverse, l’exploration-action fondée sur le principe : « Tout ce qui n’est pas interdit est autorisé » ouvre un champ immense, presque impossible à bloquer.
C’est une forme d’insurrection diffuse, créatrice, qui ne cherche pas à prendre le pouvoir mais à le rendre inutile en construisant autre chose à côté.
Oui, cela peut aussi faire des blessés, des morts — Rémi Fraisse en est la preuve tragique. Mais l’énergie investie dans la construction de communs, de pratiques, de souverainetés distribuées n’est jamais perdue. Elle laisse des traces, des usages, des institutions vivantes.
Les quatre souverainetés : un horizon plus fécond que la prise de pouvoir
C’est là que les quatre souverainetés (politique, écologique, économique, culturelle) prennent tout leur sens.
Elles ne sont pas un programme, encore moins un drapeau.
Elles sont une architecture d’émancipation :
- Habiter : retrouver la capacité d’agir sur son milieu proche.
- L’Autre : tisser avec le vivant, l’humain, la nature.
- Faire : produire du commun, pas seulement des revendications.
- Accorder : ajuster, rééquilibrer, sans figer.
Ce n’est pas une insurrection contre, mais une insurrection par le faire, par l’usage, par la participation.
Une insurrection qui ne cherche pas à figer une nouvelle situation, mais à maintenir un équilibre vivant, toujours remis en jeu.
Une individuation libératrice, pas un héroïsme sacrificiel
Là où les soulèvements classiques enferment chacun dans un rôle — insurgé, ennemi, héros, martyr — la construction de souverainetés distribuées ouvre un autre chemin :
celui d’une individuation libératrice qui fait que l’on peut être soi-même, où chacun sort de sa coquille protectrice pour tisser avec les autres.
Ce n’est pas la guerre civile que l’on fuit, c’est la tyrannie des formes figées.
Et c’est peut-être le plus bel hommage que l’on puisse rendre à Digeon : prendre au sérieux son appel à la souveraineté du peuple, mais en cessant de croire qu’elle naîtra d’un choc frontal.
Elle naîtra de conventions citoyennes permanentes, de pratiques d’usage, de souverainetés distribuées dans tout le pays, de cette agilité collective qui permet d’affronter les aléas sans chercher à les écraser.
En somme : Les insurrections ont montré leurs limites.
La conciliation des tensions produit du chaos.
La prise de pouvoir réifie/chosifie toujours ce qu’elle voulait libérer.
Mais une autre voie existe : celle de la construction patiente, inventive, indisciplinée, qui échappe aux maîtres parce qu’elle ne joue plus leur jeu.
C’est là que se trouve, aujourd’hui, la véritable radicalité.
Emile DIGEON (1822-1894) leader de la commune de Narbonne, mars 1871 et qui finira comme anarchiste, noble fin s’il en est. Les derniers mots de sa plaidoirie lors de son procès : « Il n’y aura de véritable suffrage universel que le jour où la souveraineté du peuple sera basée sur le droit incessant de révocation du mandataire par le mandant. Personne plus que moi ne déteste la guerre civile, mais ce que je déteste encore plus, c’est la tyrannie. Il faut reconnaître le droit à l’insurrection contre le despotisme sinon, qu’on proclame franchement le droit de la force, le droit d’oppression
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