« Je ne comprends pas pourquoi ceux qui luttent, se revendiquent de l’écologie, de la protection de l’environnement ne se révoltent pas contre les guerres. »
Réponse
S’offusquer n’est pas lutter. S’offusquer se consomme en une phrase, se poste, se referme sur soi-même, et laisse le monde exactement où il était. Lutter, c’est autre chose : c’est un travail lent, culturel, qui s’attaque à la racine de toutes les guerres et de toutes les exploitations que tu cite, la déshumanisation de l’autre.
Or ce travail-là, l’écologie le fait, jour après jour, quand elle refuse de trier le vivant en catégories qui comptent et catégories qu’on sacrifie. Reconnaître l’autre, humain et non-humain, dans sa vulnérabilité, c’est le même geste qui refuse qu’un peuple soit rayé de la carte et qu’une rivière soit rayée du droit. On ne lutte pas contre l’impérialisme en changeant de sujet d’indignation chaque semaine. On lutte en tenant, sans relâche, la digue contre toute logique qui commence toujours par nier l’humanité ou la vie de l’autre, qu’elle vienne d’un pétrolier coulé, d’une mine au Kivu ou d’un commentaire « vert-de-gris » qui, sous couvert d’indignation écologique, recycle l’aveuglement dérisoire de l’extrême droite.
Vous me demandez d’être aussi révolté contre les guerres. Je le suis. Mais je refuse de faire de la révolte un concours de vertu, quand la vraie bataille, la culturelle, se joue ici, tous les jours, dans ce qu’on accepte ou non de reconnaître comme vivant.